Une œuvre en partage Épisode II

Des œuvres au service du soin et du bien-être des patient.e.s

09 novembre 2023

Des œuvres du Fonds d'art contemporain sont exposées dans le hall au centre hospitalier des Quatre Villes, situé à Sèvres (92), jusqu'en décembre 2023. Fin septembre, les art-thérapeutes ont ouvert leurs ateliers. Retour sur cette première matinée créative!

Vue du matériel à disposition en début de séance!

Vue du matériel à disposition en début de séance!

Expressivité entre mots et terre

Ce lundi 25 septembre au Centre Hospitalier des 4 Villes, nous sommes invité.e.s au sein de deux ateliers :  « l’Instant Art-thérapie» avec Nadine Amorim et  « Expressivité» avec Florence Gardes.

Exceptionnellement aujourd’hui, ces deux séances sont réunies et s’organisent sous la forme d’un atelier « Arts croisés » où l’écriture et les arts plastiques sont proposés aux patients pour développer leur créativité.

Nous démarrons cette matinée par une visite de l’exposition Une œuvre en partage, située dans le hall. Après distribution de papier et de stylo, chacun.e.s participant.e.s doivent noter tout ce qu’il leur vient à l’esprit en contemplant  l’ œuvre suivante : Idoles de Philippe Mayaux. En remontant dans la salle de pratique, ils et elles, concentré.e.s, écoutent les consignes de Florence Gardes qui leur demande de rédiger un haïku. L’haîku est un poème Japonais très synthétique partant  d’une  observation souvent liée à une saison et l’évanescence des choses et qui débouche après une césure sur un sentiment ou une sensation. L’art-thérapeute insiste sur le fait qu’il doit être court, trois lignes, partir des images qu’ils ont notées dans le hall et être au présent. Ceci favorise l’abstraction et le symbolisme qui va  aider à l’expression plastique par la suite. Cet exercice permet aussi de donner un cadre tout en étant assez libre. Tous.tes les patient.e.s ne sont pas à l’aise avec l’écrit, source de complexes. Cet exercice contribue à leur redonner confiance et estime de soi  tout en se familiarisant avec une production écrite poétique très concrète.

Pendant ce temps, Nadine Amorim prépare des morceaux d’argile. Une fois la rédaction des haïku passée temps assez rapide d’où le souhait des participants de ne pas partager leurs écrits, la deuxième partie de la séance peut commencer. « Je vous propose de la terre ce matin pas de papier, pas de crayon, pour voir où cela vous amène ».

Ce matin, la séance est courte mais cela ne freine pas la créativité des participant.e.s qui, absorbé.e.s par la matière s’affairent sur leurs pièces en argile.

« L’argile est fragile quand il sèche. Si vous voulez garder vos pièces, il faudra consolider les endroits où des fissures apparaissent. Sinon, vous remettez ce que vous avez fait à la terre. Il s’agit juste d’expérimenter ce médium et les sensations qu’il propose. » conseille Nadine Amorim

Après ce temps de création, les deux art-thérapeutes invitent les participant.e.s à s’exprimer leur ressenti sur ce qu’ils et elles ont vécu pendant la séance. Il leur est demandé de ne pas s’exprimer sur l’esthétisme et la qualité du travail mais uniquement sur leur processus et les associations d’idées que ces formes amènent. Leurs prises de parole doivent se faire sans jugement et offrent un temps pour prendre du recul, mettre de la distance par rapport au travail créatif qui fait souvent sens avec leur vécu. Les séances d’art-thérapie visent entre autre à favoriser le regard bienveillant sur les autres et sur soi, ne pas se comparer…

« On est dans la nature et cela représente un bivouac car la sculpture que l’on a vue m’a fait penser à un canard. Au cours d’une précédente séance, on devait représenter un animal. J’ai choisi le crocodile car pour comprendre ce que c’est, il suffit juste de modeler la tête. Je n’avais pas besoin de faire tout le corps. »

Un patient,

« Vous voyez, ici, le contact avec la terre nous invite à chercher des solutions aux problèmes, c’est bien ce que l’on fait ici! »

Nadine Amorim, Art-thérapeute,
Distibution des stylos
Partage du pain de terre
Visiste de l'exposition

Témoignage d'une patiente

« La sculpture m’a fait penser à un masque de médecin comme dans le malade imaginaire de Molière. J’ai donc représenté un malade couvert de sangsues. Je l’ai recouvert d’une couverture car nous avons eu peu de temps. La matière nécessite qu’elle soit bien chauffée entre les mains. J’avais l’impression de faire de la cuisine, c’était plaisant. »

Une patiente,

Ecritures dans les ateliers croisés

Lors de précédentes séances « expressivité » du mardi matin en Hôpital de Jour, l’art – thérapeute Florence Gardes a proposé lors de 4 séances, aux patient.e.s de découvrir l’exposition en se mettant en situation : « vous êtes avec des amis et vous allez visiter l’exposition d’un musée ».

En mêlant fiction et réactions face aux œuvres ils et elles ont rédigé des « brèves de musée », un peu à la manière de la pièce de théâtre « Musée haut, Musée bas » de Jean – Michel Ribes. Des personnages avec des traits de caractères spécifiques ont vu le jour : une râleuse, un écolo, un dragueur, un comique, un intello… Chacun.e voit des choses différentes sur les œuvres. Ces exercices comme pour les autres séances s’effectuent dans l’écoute et la bienveillance entre chacun.e.s, sans jugement sur l’esthétisme et la qualité du travail mais uniquement sur leur processus et les associations d’idées.

Les arts - croisés : traverser un mur

Dans un atelier « Arts croisés » par la suite autour de la vidéo « Traverser un mur », les participants  ont choisi un des trois personnages et ont écrit sur  le devenir de celui-ci soit de façon subjective ou extérieure. Ils ont été d’accord pour partager ces écrits.

Traverser un mur
(Pensées de certains des personnages après la vidéo d’Enrique Ramirez)

 

La femme :

Que va-t-il nous arriver ? Avant j'avais l'eau de mer bleu étincelante, aujourd'hui c'est plein de cadavres plastiques. J'avais la faune, la flore verdoyante, aujourd'hui c'est pollué, brûlé, les plantes ne sentent plus bon, les rivières sont souillées.
Je suis sur un bateau à la dérive, un radeau, fétu de paille, j'appelle à l'aide. La terre est saignée, la nature violée. La lune n'est plus là, à part ces météorites qui défigurent les plaines et les montagnes. Le soleil n'est plus là.
Oh mon dieu qu'avez-vous fait de notre monde avec vos idées d’écolos vert uniforme ?

CLE

L’homme à la mallette :

Il rentre chez lui, observe tous les objets qui habillent son petit appartement. Il les touche, pensif à l'utilité de chacun. Il se dit que telle est sa vie, un encombrement de petites choses qui font de lui sa vie, mais qui finalement ne lui donne que peu de satisfaction.
Il se dit que sa vie est une routine finalement remplie de vide, de rien, d'une succession de jours sans réelle importance pour lui-même comme pour les autres. Il est cette personne sur cette planche sur la mer dont le reste de la population sur la terre ferme se moque éperdument.
Un sentiment de vide l'envahit, réfléchit longuement en s’asseyant sur son canapé, le regard dans le vide.
L’heure tourne, jusqu'au moment où finalement même en se sentant seul, il n'est pas « seul sur ce bateau ». Il repense à cette femme et à cet homme qui étaient là présents avec lui, qui finalement lui ont redonné du courage et l'envie de vivre. Peut-être différemment, remettre en question sa manière de vivre. Profiter dorénavant de vivre sa vie pleinement.

Alice

La femme :

Cela me trouble. Si je ne fais rien, je ne pourrai pas me regarder dans la glace. J'ai déjà bien assez souvent occulté tout ça. Pablo m'a parlé de cette organisation qui vient en aide aux singes victimes de braconnage au Congo et qui recherche désespérément des vétérinaires prêts à partir là-bas pour s'investir à long terme à leur côté.
Il est temps que mes années passées sur les bancs de la fac servent à d'autres causes.

Simon

L’homme à la mallette :

J'ai enfin trouvé la sortie. La porte est entrouverte, je m'éclipse. J'en ai marre d'être dans l'incertitude, à force de tanguer, j'ai mal au cœur. Je rentre chez moi, cela fait longtemps que je ne suis pas rentré. J'ai peur de ce qui m'attend alors même que ce lieu m'est familier. Etrange comme sensation…
Je mets les clés dans la serrure, tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ah je reconnais cet endroit, je suis dans l'entrée ! J'ai froid et je suis fatigué. Je vais dans la cuisine et me prépare un café allongé. Je me pose ensuite dans mon canapé. Je suis bien installé, je ne tangue plus.
Qu'est-ce qui a bien pu m'arriver ? J'ai l'impression de sortir d'un mauvais rêve. Là je suis bien vivant, je peux enfin envisager l'avenir sereinement. Encore que…
Qu'est-ce qui m'attend ? De quoi seront fait les lendemains ?
Stop, je me dis. Arrête d'anticiper, de prévoir, cela ne me fait peur.
Je décide donc de profiter du moment présent et de l'apprécier.

Amélie

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