Marie Vassilieff : retrouver l’œuvre avant l’œuvre
15 octobre 2026Cette année, un autre geste d’acquisition vient raconter la collection différemment.
Le dessin préparatoire et l’œuvre peinte de Marie Vassilieff, deux étapes d’une même histoire.
L’entrée dans la collection
En juin 2026 le Fonds d’art contemporain – Paris Collections, habituellement engagée dans le soutien à la création contemporaine, a acquis à titre exceptionnel un dessin de Marie Vassilieff (1884-1957), lors d’une vente aux enchères. Cette œuvre a été identifiée comme étant le dessin préparatoire du tableau Portrait de Marie Vassilieff par elle-même, acquis par la Ville de Paris en 1956. Désormais réunies au sein de la collection, les deux œuvres permettent de mieux saisir la genèse du tableau et le cheminement artistique qui a conduit à sa réalisation. Le dessin apporte ainsi un éclairage précieux sur les recherches de composition menées par Marie Vassilieff, et enrichit plus largement nos connaissances sur une artiste majeure du XXème siècle encore largement méconnue.
La naissance d’une œuvre
Eminente artiste de l’Ecole de Paris, Maria Ivanovna Vassilieva dite Marie Vassilieff est née à Smolensk en Russie en 1884 et décédée à Nogent-sur-Marne en 1957. Jusqu’en 1903, l’artiste suit des études à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg avant de poursuivre son parcours artistique à Paris grâce à une bourse accordée par la dernière impératrice russe, Alexandra Feodorovna. Elle suit les cours de peinture d’Olga Meerson et Sonia Delaunay et s’installe au cœur du centre artistique de la période : le quartier Montparnasse. Parmi d’autres grand.e.s artistes, elle se lie d’amitié avec Matisse, Picasso, Soutine et Braque. A l’instar de Matisse, elle ouvre en 1911 une école tout à fait novatrice portant le nom de l’Académie Vassilieff, qui fut le siège jusqu’en juin 2026 de l’association AWARE (Archives of Women Artists, Research and Exhibitions).
Réalisé vers 1953, le dessin Autoportrait dans l’atelier de Nogent sur Marne constitue un des rares témoignages du travail préparatoire de Marie Vassilieff, illustrant le dernier autoportrait de l’artiste finalisé trois ans plus tard : Portrait de Marie Vassilieff par elle-même. Ce dessin reprend le format et la composition exacte de l’œuvre définitive avec toutefois, quelques variations d’échelle dans les éléments qui la composent. Les différents tracés successifs illustrent le travail d’équilibre recherché par l’artiste. Un examen approfondi de restauration a permis de définir que la peinture de 1956 présentait également un dessin préparatoire sous-jacent, réalisé au crayon de papier.
Le dessin Autoportrait dans l’atelier de Nogent-sur-Marne représente Marie Vassilieff dans son atelier au sein de la maison de retraite de Nogent-sur-Marne, lieu où elle a fini ses jours. Entourée de plusieurs de ses sculptures religieuses ou totémiques, comme le Christ à la chaussure, l’artiste s’y représente en blouse de travail, pensive, pinceau à la main, s’apprêtant à apporter les dernières touches aux œuvres qui ont jalonné sa carrière. Peinte un an avant son décès, il s’agit d’une des dernières productions connues de l’artiste, constituant en quelque sorte un testament pictural.
Les coulisses d’une restauration en deux temps
Lors de son arrivée en réserve et de son constat d’état d’entrée en collection, l’œuvre de Marie Vassilieff nécessitait une restauration à la fois du dessin et du cadre. Deux restauratrices habilitées Musées de France ont été mandatées pour intervenir sur l’œuvre, Nadège Dauga, restauratrice d’arts graphiques, et Céline Girault, restauratrice de mobiliers et objets composites. L’observation attentive de l’œuvre dans son ensemble et les différents tests de traitement ont permis de faire des découvertes importantes pour la documentation du travail de l’artiste.
Le dessin
Suite au constat d’état réalisé, le dessin de Marie Vassilieff présentait plusieurs problématiques de conservation. Des plis, déformations ainsi qu’un empoussièrement du dessin ont notamment été identifiées. Il a également été constaté la présence d’un plexiglas non conservatoire, d’un passe-partout inadapté et plusieurs zones de contacts entre le plexiglas et l’œuvre. Afin d’améliorer sa lisibilité et son état de conservation, la restauratrice a donc proposé un protocole d’intervention pour permettre à l’œuvre d’être conservée et exposée dans de meilleures conditions.
Dans un premier temps le cadre a été ouvert pour réaliser la prise de mesure indispensable à la commande du verre anti UV et la réalisation d’une rehausse en remplacement du passe-partout. Le dessin a été dépoussiéré en périphérie, ce qui a également permis de confirmer l’usage conjoint du crayon et du fusain par l’artiste. L’œuvre a été montée sur papier japon et mise sous tirant pendant plusieurs jours afin d’améliorer sa planéité.
Des consolidations et une mise en teinte ont permis de réharmoniser les manques visibles sur les parties de l’œuvre restaurées précédemment. Après séchage, l’œuvre a ensuite été remontée sur un carton de fond de qualité musée, à l’aide de bandes de papier japon et de colle cellulosique. La restauratrice a ainsi réalisé un paquet de conservation étanche à la poussière et l’humidité afin de protéger l’œuvre, une fois celle-ci réintégrée dans son cadre.
Le cadre
Après la dépose du cadre par la restauratrice Nadège Dauga, celui-ci a été confié à Céline Girault pour traitement dans son atelier.
Celui-ci est en bois, peint à la brosse en blanc cassé mat de type détrempe, et présente des effets en relief et un bouchage de la rainure extérieure. Cette typologie de cadre, spécifique aux années 1950, est dénommée « cadre Montparnasse ». Un encrassement général, des lacunes dans les angles ainsi que des lessivages localisés avaient modifié son aspect.
L’examen attentif de Céline Girault a permis de constater que le cadre avait été manipulé, réaménagé puis conservé dans des conditions inadaptées à sa constitution et à la fragilité de son décor. Pour assurer la bonne conservation du dessin, la création d’une marie-louise avait été envisagée dans un premier temps, avant d’opter pour la création d’une rehausse, plus discrète, proche de la teinte du cadre.
Dans un premier temps, la restauratrice a procédé à l’assainissement et au dépoussiérage du cadre en retirant le papier gommé appliqué au revers du cadre. Elle a ensuite réalisé un dépoussiérage par aspiration et gomme-éponge sur le recto et le verso, avant d’appliquer un mélange eau-éthanol au pinceau. Elle a ensuite procédé à la consolidation des soulèvements et des lacunes du cadre avec du mastic traditionnel puis à leur mise en teinte à l’aide de couleurs Sennelier.
La rehausse à intégrer à la feuillure du cadre a été patinée avec les mêmes tons que le cadre. L’œuvre a ensuite été réintégrée dans son cadre originel restauré et un verre anti UV anti reflet a été posé.
A l’issue de cette restauration d’ampleur, la datation du cadre et l’aménagement de celui-ci nous permettrait de confirmer qu’il a été pensé par Marie Vassilieff comme partie intégrante de ce dessin préparatoire. La présence d’aménagement de même type sur le cadre de l’œuvre définitive Portrait de Marie Vassilieff par elle-même confirme cette démarche. A notre connaissance aucun autre dessin préparatoire de l’artiste n’a bénéficié d’une telle attention.
Voir les œuvres et en savoir plus
Retrouvez les deux œuvres restaurées de Marie Vassilieff sur le stand 1-M8 du Fonds d’art contemporain- Paris Collections lors du salon Art Basel Paris, du vendredi 23 au dimanche 25 octobre 2026 (Grand Palais Paris)
Retrouvez cette actualité sur le site du Comité Marie Vassilieff en charge de la valorisation de l’œuvre de l’artiste
Retrouvez la notice biographique de l’artiste sur le site d’AWARE (Archives of Women Artists, Research & Exhibition)