Dialogues à travers les époques

À l'occasion de son stand pour l'édition 2025 à Art Paris, l'équipe du Fonds d'art contemporain a mis en avant plusieurs rapprochements thématiques ou formelles entre des peintures de sa collection. Le Fonds d'art contemporain de la Ville de Paris date du 19e siècle et il n'est pas rare de revoir le même sujet réapparaitre entre des œuvres d'époques et de zones géographiques complétement différentes, du début du 20e siècle à nos jours. Ce parcours propose de découvrir 5 dialogues à travers les époques. Avec les artistes : Maurice Chabas, Frans Boers, Chloé Poizat, Damien Deroubaix, Assane N'Doye, Jules-Alexandre Grün, Fabienne Audéoud, Elisabeth Chaplin, Marie Losier, Gérald Petit, Raphaël-Bachir Osman et Léon-Charles Canniccioni
Apocalypse
À l’origine, épisode religieux raconté dans le Nouveau Testament, l’Apocalypse désigne à la fois la fin du monde tel que nous le connaissons mais aussi la venue d’un nouveau monde. Amateur de théologie, Maurice Chabas reprend cette ambiguïté du thème. Inspirée par des découvertes en astronomie contemporaine à l’œuvre, La spirale d’or représente la violence de la fin d’un cycle, illuminée par une promesse de monde meilleur.
Dans la seconde moitié du 20e siècle, la fiction post-apocalyptique se développe comme un genre à part de la science-fiction, où des communautés font face à des catastrophes biologiques, chimiques ou encore nucléaires. Le peintre et comédien Frans Boers est un amateur de ces récits. Ses toiles, comme Tentes, sont composées de paysages dévastées sans présence humaine. Avec l’accélération de la crise climatique, les représentations de territoires désertiques, comme dans la série récente Nouvelles fictions de Chloé Poizat, nous mettent face à la catastrophe écologique en cours.
Maurice CHABAS
Frans BOERS (François BOERS, dit)
Chloé POIZAT
Figures protectrices
Ces deux œuvres ont en commun de plonger le.a regardeur.se dans un état de conscience qui l’éloigne des contingences de la réalité. Elles expriment des forces vitales magiques symbolisées par une figure féminine en mouvement chez Assane N’Doye. Dans l’œuvre de Damien Deroubaix, un pouvoir surnaturel est concentré en un être hybride qui navigue entre le monde des morts et celui des vivants. Ces deux entités détiennent une puissance apotropaïque (un objet apotropaïque vise à conjurer le mauvais sort et à détourner les influences maléfiques). Alors que dans La Prévention de N’Doye, une figure féminine couverte de parures de cauris se contorsionne dans une sorte de transe ou de danse de la création, l’être hybride de Conscience, peint par Deroubaix, s’impose dans une posture frontale, nimbé d’une auréole fluorescente qui manifeste son aura magique. Dans la culture assyrienne du 1er millénaire avant Jésus Christ, ce démon ambivalent est autant redouté pour sa proximité avec la mort et la maladie que recherché comme symbole de protection domestique. Quant à l’allégorie féminine vitaliste de N’Doye, elle s’inscrit dans la culture matriarcale sénégalaise lébou, qui célèbre la prévention contre les esprits maléfiques et les oppressions de toutes sortes.
Damien DEROUBAIX
Assane N'DOYE
Groupes
Les œuvres Un groupe d’artistes de Jules Grün et Les souris au travail de Fabienne Audéoud proposent deux approches à la fois différentes et complémentaires de la représentation du portrait de groupe.
Dans Un groupe d’artistes, Grün met en scène une réunion d’hommes influents du monde artistique de l’époque, accompagnés de son épouse, la pianiste Juliette Toutain. La nature morte sur la table, élément de prédilection de l’artiste, apporte une touche de vivacité à cette scène en apparence solennelle. Pourtant, en se représentant lui-même sans jamais avoir obtenu de fauteuil à l'Académie des Beaux-Arts contrairement aux autres membres du groupe, Grün introduit subtilement la notion de reconnaissance et d'exclusion.
À l’opposé, Fabienne Audéoud adopte une approche plus métaphorique avec Les souris au travail. En détournant l'univers enfantin des contes de Beatrix Potter, elle aborde des questions sociétales contemporaines où elle dénonce avec humour les stéréotypes de genre et les rapports de domination. À travers ses rongeuses couturiers, elle critique avec humour le patriarcat et les tâches domestiques genrées.
Ces deux œuvres, bien que très différentes dans leur style et leur époque, utilisent la représentation du groupe pour explorer les relations humaines, que ces groupes soient réels ou imaginés. Ensemble, elles démontrent comment la mise en scène du groupe peut révéler bien plus que la simple addition de ses membres, offrant un miroir à la fois intime et critique de la société.
Jules-Alexandre GRÜN
AUDÉOUD Fabienne
Jeux de regard
Face à ces trois œuvres, le regardeur ou la regardeuse se sent observé.e. Sur la plus grande toile, l’artiste Elisabeth Chaplin en train de peindre dans son atelier nous surplombe avec le regard au loin. Au sommet de sa carrière dans les années 30, elle affirme sa position d’artiste peintre avec ce tableau à la composition très dense. Plus haut, quatre visages lancent des regards complices et amusés aux spectacteur.ice.s. Il s’agit des ami.es de l’artiste Marie Losier, Simon, Camille, Victor et Jeanne, protagonistes récurrents de ses œuvres fantaisistes et burlesques.
D’autres personnages regardent clairement hors champs comme l’homme représenté par Gerald Petit. L’artiste français a copié un détail d’une photographie de Russell Lee prise dans les années 1930 pendant la Grande Dépression aux Etats-Unis. Le regard fuyant vers un autre couple lors d’un bal populaire dévoile des tensions interpersonnelles. Les liens entre les personnages du tableau d’Elisabeth Chaplin semblent aussi complexes. L’artiste a représenté son noyau familial proche mais chacun.e a le regard dans le vague dans des directions opposées. Ce jeu de regard donne un sentiment d’étrangeté voire de malaise au tableau.
Horizons
Deux œuvres dialoguent sur le thème de l’horizon. Chez Raphaël-Bachir Osman, l’horizon prend une dimension sensorielle inédite. Dans Varlifornie, l'artiste détourne la raquette de tennis de table pour en faire un « tondo contemporain » monumental, offrant au ciel, habituellement relégué en arrière-plan, un statut de sujet à part entière.
Dans Bouvier Corse de Léon-Charles Canniccioni, l’horizon joue un rôle central dans la composition. Canniccioni utilise l’horizon pour ouvrir une fenêtre sur le golfe d’Ajaccio, baigné de lumière et de couleurs chaudes.
Qu’il soit littéral ou métaphorique, l’horizon est pour ces artistes un outil puissant de narration. Il ouvre le regard vers l’infini tout en ancrant chaque œuvre dans un lieu et une histoire, révélant ainsi sa capacité à lier l'ici et l'ailleurs, le réel et l'imaginaire.
La collection sur le territoire
Une œuvre pour tous
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